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de DOUROU à NOMBORI,
brèche dans la falaise Dogon

 

 

 

Tout en haut du village de NOMBORI,
juste au pied des vestiges Tellems,
une porte qu'il est interdit de franchir

Porte de la maison du Hogon à Nombori Mali

Un homme vit seul au-delà de cette porte: le HOGON.
"ôgô nô" ...vieux monsieur plus tout-à-fait homme,
quasi d'essence divine en tant que Hogon,
chef spirituel de sa communauté...

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meule du Hogon NOMBORI Mali Pierre autel Dogon NOMBORI Mali

Au-devant de cette porte, sur une plate-forme
qui domine village et vallée,
"le Hogon doit voir les entrées et sorties du village",
le Hogon sort pour recevoir ses visiteurs.
A gauche, un creuset de pierre et sa meule.
A droite, se dresse en forme de termitière,
l'autel où se font les sacrifices.
Le Hogon s'assoie sur les planches près du petit grenier.
Ce n'est pas lui qui pratique les sacrifices
mais son aide, le "ôgô baru".

Le bâton posé debout à gauche de la porte
au bout supérieur en fourche
est chargé de sens pour mon guide:

"Effectivement, ça veut dire que le hogon est là,
quelque part derrière le mur.
Tu dois respecter. Il faut pas parler fort.
C'est interdit de garder de la colère, et de la haine.
Il faut que tu laisses ça derrière toi. Tu finis avec ça.
"

Le symbolisme du bâton, m'apprend-il,
évoque le premier ancêtre,
lien entre les hommes et le surnaturel.
Très âgé, ce 1er ancêtre un jour disparut.
On le chercha partout sans le trouver.
On retrouva son bâton, appuyé à l'entrée d'une grotte,
à côté d'un serpent.
On sut alors que l'ancêtre n'était pas mort,
mais s'était métamorphosé en serpent.


De ce que m'en dit Oumar et ce que j'en ai compris...

Le HOGON... personne sacrée

Hogon en communication avec un esprit, dessin de Alaye Kéné Atô... est choisi par les anciens à la mort du HOGON précédent. A partir de ce moment, vêtu de blanc,  coiffé d'un bonnet rouge, l'homme choisi doit tout abandonner de sa vie passée, sa famille, ses habits, sa maison, son nom... et restreindre ses relations avec  la communauté. Toutefois, pendant une période intermédiaire d'initiation qui dure près de 2 ans , il vit encore dans le village. Il se prépare à son rôle futur. Il ne deviendra véritablement Hogon qu'au bout de ce temps, au cours d'une cérémonie qui marque sa sortie de la communauté.
J'y comprends qu'il abandonne en quelque sorte ses oripeaux d'humains (y compris ceux d'époux, père, ami...) pour endosser son essence sacrée. On l'accompagne dans sa retraite haut perchée d'où il ne sortira plus qu'exceptionnellement...

Il devient un ANCÊTRE immortel: un Hogon ne meurt pas; quand il quitte son corps d'homme, il se transforme en serpent, animal-esprit bénéfique pour les Dogons.(à noter, le respect religieux que Oumar met dans le mot "ancêtre").

Le HOGON est à la fois comme une émanation de AMMA, le dieu créateur de la mythologie DOGON, et une autorité morale et spirituelle . Il veille sur la bonne marche de la communauté dont il a la responsabilité: protection des cultures (un peu magique), règlement des conflits, fixation des réparations, sacrifices ou amendes... et redistribution.

Il est informé des évènements du village par son assistant: le "ôgô baru", qui s'occupe aussi de l'approvisionner et de prendre soin de lui. Sa femme peut aussi être autorisée à s'occuper de lui mais elle doit rentrer au village pour la nuit.

Les anciens ou le chef du village montent régulièrement rendre visite au Hogon. Ils s'en réfèrent à lui pour son rôle de juge. Il ne viendrait à personne l'idée d'aller contre sa parole...
... et d'ailleurs, ce serait la pire des choses à faire...

Captif du génie Dessin de Alaye Kéné Atô

Dessins de Alaye KENE ATÔ

Oumar, me donne plusieurs exemples dont celui-ci :

"Imagine qu'un homme a volé une mobylette. Celui qui a été volé le dit à un vieux, n'importe lequel. Les vieux se réunissent sous le Toguna et prennent une décision : ils demandent au voleur de ramener la mobylette et le font dire partout dans la région. Ils lui donnent 6 jours, ensuite ils iront trouver le Hogon. Si, au bout des 6 jours, le voleur n'a pas remis la mobylette à sa place, un des anciens va voir le Hogon. Le Hogon décide de  prendre sous sa protection le voleur pendant 3 jours... ça veut dire que le voleur a encore trois jours pour réparer. S'il n'a toujours pas ramené la mobylette, alors le Hogon dit qu'il ne peut plus rien pour lui maintenant, il s'en désintéresse, ça n'appartient plus au monde des hommes. C'est devenu l'affaire des esprits,...et un malheur va arriver au voleur, sûr et certain!... un esprit va lui faire payer sa faute, très dur... peut-être lui, peut-être sa famille... dans les semaines qui viennent... personne ne peut plus rien pour lui."

Alors ?... Alors, je crois Oumar quand il dit que c'est juste un exemple, que ça n'arrive pas, que les Dogons sont très honnêtes... c'est bigrement dissuasif!

Pour en savoir plus :
Le Hogon d'Arou, chef sacré, chef sacrifié? de Nadine WANONO


Pose fraîcheur de la mi-journée puis...
Route vers Ygueli ou YDJELI NÂ (carte), chez Jean GUINDO

Visite au futur HOGON de Ygueli

 

Lazare Dogon et chrétien MaliAu campement, j'y rencontre LAZARE
Lazare?... Jean?... Ben oui!
Pas mal de Dogons sont chrétiens...
D'autres musulmans (Oumar)...
Mais toujours animistes. Pas d'problèmes.

Selon la coutume qui honore le visiteur
Lazare va partager nos balades d'Ydjéli...
Hé! Je vous avais bien dit (ICI)
que ma gourde jouerait les civilités.

En fin d'après-midi(sam. 05/01/08),
il nous accompagne rendre visite
au futur Hogon de ce lieu
qui vit déjà en ermite dans une case nue en haut du village.

 

Nous le trouvons, assis sur un haut rocher. Debout sur le chemin, les visiteurs ont, de fait, le visage jamais plus haut que ses épaules.
Très vieux monsieur à moitié aveugle, d'une grande maigreur, qui me paraît si fragile.

Longues salutations. Oumar, le guide, offre des noix de cola, selon l'usage*. On parle lentement, en dogon, des phrases courtes... presque à voix basse... des silences... les yeux dans le vague.
On l'informe de mon nom, d'où je viens... Il me salue.

Puis, enfin, la discussion s'engage avec sa femme, aussi âgée que son époux, maintenant retourné au silence. C'est tout-de-suite nettement plus volubile.
La place de la vieille épouse est comme pour nous, au bord du chemin.
Elle me montre ses pieds nus... et espère de moi plus que je ne peux: une espèce de gangrène ou de nécrose noir charbon dévore progressivement ses pieds depuis les orteils dont 2 ont déjà disparu. Lui conseiller de voir un médecin?... hors de propos, de lieu, de temps, de moyens... Mais impossible de ne pas répondre quelque chose à une telle attente. Je lui laisse un tube de bétadine et des plaquettes de doliprane que je sais bien inefficaces pour son mal... mais peut-être un réconfort moral, même si passager ...

Lazare me dira en repartant que le médecin vient rarement. Il fait quelquefois des tournées à moto... de toutes façons, les gens n'ont pas l'argent...
et comme pour effacer la tristesse, il lance: "et puis, chaque matin, des femmes âgées viennent rendre visite au Hogon et à sa femme pour donner les salutations et les nouvelles du village".


 

*Les noix de cola: cadeau apprécié, s'offrent en marque de respect. Le guide en avait fait provision avant de partir. Au cours de la balade en pays Dogon, il les offrait, dans les villages, à des personnes âgées (une seule noix suffit) après les salutations. Pour les personnes qu'il souhaitait honorer, tels le futur hogon d'Ydjéli, 3 noix... rouges, plutôt pour les hommes et blanches pour les femmes. 



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de Ydjéli Nâ
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