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Mythes Dogons des Origines III :
LÉBÉ, l'Ancêtre Serpent

 

Comment les Dogons enterrent-ils leurs morts ? Quels rites accompagnent les funérailles ?... Quelle symbolique s'attache à ces rites ?...

Oumar_P1180426Oumar, mon guide très concerné, va d'abord me raconter les rites funéraires aux heures chaudes où la pause s'impose, quand nous échangeons nos savoirs, après le repas, dans la torpeur de terrasses ombragées et silencieuses... puis, tout naturellement, me donnera un jour l'occasion d'assister à des "funérailles".

"funérailles", je mets ce mot entre guillemets car, employé par Oumar et par les autres dogons qui l'ont utilisé devant moi, il ne fait pas référence à l'enterrement du défunt mais à un rituel funéraire très festif qui se déroule dans un second temps et dont je vous parlerai dans la page suivante.

Dans cette page-ci, nous sommes juste au moment où un dogon vient de mourir... Voici ce que dit Oumar :

 

D'abord, la Toilette du Mort ...

 

Il faut laver le mort pour que son âme repose en paix. Ce sont le père, s'il n'est plus là, l'oncle, ensuite s'il n'y a plus d'oncle, le frère, et sinon le fils, et dans cet ordre, qui seuls peuvent toucher le corps du défunt, à la condition qu'ils connaissent le Sigui so, la langue secrète des initiés... Mais, s'il ne connaissent pas le Sigui so, une personne âgée initiée le fait devant celui à qui revient ce rôle (ce rituel est similaire pour les femmes).
Cette toilette doit se faire avec l'eau de la GUINA (ou Ginna).

La GUINA, comme je te l'ai déjà dit, c'est toute la grande famille, les vivants comme les morts, tous les ancêtres en remontant par les pères et tous ceux qui en descendent. On dit aussi Guina pour la maison où tu trouves l'autel des ancêtres, parce que c'est la même chose. C'est le plus vieux de la famille qui y habite et c'est là qu'on garde l'eau. L'eau de chaque Guina est changée tous les ans. C'est le HOGON qui donne l'eau pour toutes les Guinas. Il l'a purifiée dans une cérémonie, avec des sacrifices.

On met l'eau pour la toilette dans une poterie ou une calebasse qui ne sert qu'une fois. On la laissera à l'entrée de la grotte où sera enterré le défunt. Elle ne peut plus resservir­*.

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Le linceul ...

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indigo_rayures_pointsLe corps est mis ensuite dans un linceul de coton tissé à la main**. Les Dogons ont déjà prévu ces tissus en réserve dans les familles. Des fois ils sont blancs (écrus) ou aussi teints en indigo, unis ou avec des rayures blanches ou des carrés ... comme je t'ai montré les couvertures dans la boutique, c'est les mêmes.

On enroule le corps très serré dans la couverture, comme une momie. On ficèle à plusieurs endroits avec des bandes de tissu. Le linceul ne doit pas se défaire quand on le monte dans le cimetière. voir ph. du site "Dogon-Lobi" ICI

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Quitter le défunt ...

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indigo_rythme_rayuresOn appelle maintenant sa femme puis toute la famille dans la maison. Tous ensemble pardonnent tout le mauvais qui a pu se passer avec lui et demandent son pardon pour le mal même involontaire qu'on lui a fait. Ça dure à peu près une demie-heure.

On appelle les vieux (les sages), le chef, le conseil. Ils autorisent les jeunes garçons à emporter le corps du défunt qui appartient maintenant à tout le village.

La famille n'a plus aucun droit sur son corps qui appartient à la communauté Dogon.

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couverture_funéraire___motifsLe corps est emporté au TOGUNA, ou directement chez le HOGON.
Le Hogon donne sa bénédiction au mort. Il a mis de l'eau du Guina dans une calebasse. Il donne cette eau au chef du village qui la donne à une personne proche du mort qui asperge le corps jusqu'à vider toute la calebasse. C'est pour dire au mort qu'il n'y a plus d'eau au Guina pour lui. Il doit partir. Ça symbolise la fin de sa participation à la vie du village.

On revient au TOGUNA. Le corps est exposé et tous les voisins viennent s'excuser et excuser le mort.

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En chemin vers le cimetière

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On va maintenant amener le mort au cimetière.

indigo_damierOn passe par un autel qui symbolise le LÉBÉ. Sur l'autel, on fait des sacrifices : on verse du lait, de la bouillie de mil, de la bière de mil, ou le sang d'un animal sacrifié. C'est le chef du village qui décide de l'offrande. Ce sacrifice symbolise que la personne est morte pour la communauté***. Elle est sortie du groupe des vivants.

On danse autour du LÉBÉ. Le corps doit tourner trois fois autour du Lébé pour la paix de son âme (danses et chants spécifiques).

Au pied ou à mi-hauteur de la falaise, le cimetière. C'est une grotte fermée avec une grande pierre. On y dépose le mort avec son linceul. On récupère la couverture...
Les personnes âgées restent dehors, ce sont les jeunes qui le font. On dépose près de la grotte le récipient qui a servi pour contenir l'eau pour la toilette du mort.

Puis tout le monde retourne au Toguna.xxxxxxxxxx

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Ceux qui restent ... les condoléances

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indigo_régularité_nouéeTout le monde est revenu au lieu public. C'est le moment des excuses entre tous, de chacun à chacun.

Puis les vieux restent au Toguna. Les gens des villages voisins viennent d'abord leur donner (sic) leurs condoléances. Ensuite ils vont présenter les condoléances à la famille.

Pendant 40 jours, on ne touche pas aux objets du défunt. Au 40ème jour, on prend tous ses objets personnels (outils, vêtements, ce qu'il a gardé dans son grenier ...). On fait le partage de ses biens entre les membres de la famille.

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C'est fini. Le mort est sorti de la communauté.

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*poteries déposées à l'extérieur de la grotte : La première fois que j'avais rendu visite à Alaye Kéné Âto, alors qu'il m'accompagnait un bout de route à mon départ, il avait sans explications fait un crochet pour me faire passer, il y tenait, à côté d'un lieu que Oumar m'a annoncé être des sépultures au vu des poteries, sphères brunes, posées serrées dans l'herbe au pied des rochers. Par ignorance, je n'avais pas su apprécier à l'époque l'honneur qui m'était fait.

**coton tissé à la main : ce sont les hommes qui tissent sur des métiers à tisser traditionnels qui n'excèdent pas 20 cm de large (voir ICI )
Les multiples petites présences blanches - dont la régularité rythment rayures ou quadrillages subtils dans les pagnes teints avec l'indigo - sont obtenues en cousant avec patience dans le tissu écru des petites réserves hermétiques qui seront décousues après la teinture.

***la personne est morte pour la communauté : Cette idée a un sens plus large qu'un simple décès. Les cérémonies funéraires peuvent ainsi être célébrées après une disparition. Oumar dit aussi :"la personne est perdue pour la communauté". C'est ainsi que le père de Oumar qui avait été enrôlé de force vers 18 ans (l'armée française étant venue le rafler alors qu'il cultivait un champ d'oignon) et n'avait pas pu donner de ses nouvelles pendant quelques années avait été considéré mort par la commune de Pelou, son village. Ses funérailles dogons avaient donc eu lieu ainsi qu'il se devait.


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