lundi 9 mai 2011

Miloud Artisan Damasquineur à Mekhnes

 Pluie insistante sur Meknes ...

pluie2

Je remonte ROWAZINE et son traffic incessant où dominent à touche-touche une multitude de petits et grands taxis. Arrivée à la place toute pentue de Bab Dhar SEM, le bruyant manège automobile me fait délaisser sur la gauche la grande rue Dhar SEM qui amène à  Bab Mansour. Je m'échappe de la rage des voitures pour trouver plus loin la rue 'Aqbet Ziyadine... Je sais que j'entre par là aussi dans le quartier foisonnant de Qobbat Souk ...

Dans cette page :

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REPOS DOMINICAL À MEKNES
de dominicus = du seigneur

derb SAADOUN Mekhnes dans Qobbat Souk vendredi après-midi MEKHNES


 ... Contraste, les rues se sont vidées... silence hormis la pluie... rues quasi désertes ... J'avais oublié :  nous sommes vendredi après-midi, jour de Hamam, Grande Prière et rituel couscous familial.

 Me laisser embarquer par des ruelles aux enfilades brun-rouge des volets de boutiques au repos. Les pavés sombres et humides renvoient avec éclat la lumière d'un ciel pourtant gris.

 ... Plus loin dans une de ces rues, extraordinairement présent dans ce silence, en bel habit du ... Vendredi, djellaba de tissu lourd, un homme absorbé donne un tour de clé à la porte qu'il vient de passer. Il me remarque, tête inclinée, se tourne lentement vers moi, étonné, amusé. Me regarde approcher puis, quand je suis à sa hauteur, dit avec un sourire qui prend le temps pour se déployer jusque dans la moindre ride de son visage :


Miloud damasqineur à MEKHNES

"Tu sais que tout est fermé ?... c'est vendredi, tu trouveras rien. Personne ne travaille. Qu'est-ce que tu voulais voir?..."

Tant pour lui je suis Touriste et en tant que telle, je dois "vouloir voir" avec planification d'objectifs bien ciblés et conformément aux pistes balisées par les livres faits pour.
Faut dire que sans le savoir j'ai abouti sur l'un des spots de ces livres-là... ça, je le comprendrai plus tard. Rien ne le montre ce vendredi.

Le sourire de cet homme appelle le sourire. Je lui dis mon plaisir dans ces rues du vendredi, et mon absence de but souvent en voyage si ce n'est être réceptive à ce qui veut bien se donner à voir...

Il réfléchit, geste arrêté sur les marches, puis : "Viens, la Kessaria est fermée mais j'ai la clé... j'ai un moment, je vais te montrer... c'est tout près."... et se met en route.

 

L'ATELIER D'UN DAMASQUINEUR
DANS LA KISSARIA AL HARIR


kissaria el HARIR Meknes


J'ai admiré dans des boutiques de la Médina de Mekhnes les objets damasquinés, un art représentatif de cette ville... Je ne sais pas encore que les hasards du jour m'ont amenée à la source au moment où je lis l'inscription "Kissaria EL HARIR" au-dessus d'une porte d'apparence branlante devant laquelle Miloud a stoppé.


une des entrées de la Kissaria el HARIR Mekhnes

Derrière cette porte,  une grande cour
bordée d'échoppes évidemment fermées,
cour partagée en deux par un double alignement central
d'autres échoppes depuis longtemps rajoutées dos-à-dos...

Autant d'ateliers de damasquinage sur métal
et de moulinage de fils autrefois de soie
"al Harir" = la soie.
Volets clos dans la cour vide...

Car Miloud, papi malicieux,
est un de ces merveilleux artisans damasquineurs.
Il me conduit à son atelier.

atelier de damasquinage sur métal MEKHNES

l'atelier ?... allez ... disons... 1m80 sur 2m50

et ceci est son établi :

l'établi d'un damasquineur MEKNES

 

MILOUD ARTISAN DAMASQUINEUR

Miloud m'explique les outils, les matières et les différentes étapes du travail.
Pour ce qui concerne les procédés du travail de damasquinage sur métal, il vous faut aller dans la page suivante (clic sur l'icône "suite" au bas de cette page).

Miloud parle un français plein de lacunes qu'il comble par images, grimaces, analogies, tissant au final un discours  vivant et sans heurt...

En même temps il parle de lui. Un léger défaut de prononciation rajoute au caractère espiègle de l'oeil rieur.  Le français ... ça le ramène loin en arrière : il se rappelle parfaitement les noms de ses instituteurs ou institutrices, venus de France, avec les années correspondantes (58, 60..., monsieur... madame... suivis des noms français, étrange anachronisme aujourd'hui dans son atelier). On voit qu'il a plaisir à se souvenir d'eux, à en parler. Comme je laisse voir mon étonnement face à cette précision dans sa mémoire, il me lance, étonné à son tour, cette phrase magnifique:

"C'est normal!... Celui qui te lit, c'est comme ton père ..."


Miloud dans son atelier MEKNES

Miloud est entré dans le métier de damasquineur à 14 ans
auprès de son père et de son frère aîné
dans ce même atelier
où il travaille maintenant avec 2 de ses fils.

Comment il a commencé ?
Il est en classe de CM2, il a 14 ans.
Il amène un jour à son instituteur, marocain celui-ci,
une petite pièce de damasquinerie faite par lui...

"C'est toi qui as fait ça ?!... réellement ?!...
Alors, va travailler...
Il vaut mieux que tu continues d'aller travailler
plutôt que d'aller à l'école..."

Miloud dit dans un rire :
"je n'étais pas très fort à l'école"

Maintenant, il a 60 ans passés... Il regarde derrière lui et ce qu'il voit du chemin accompli semble le combler : d'abord, une grande famille de trois fils et quatre filles dont il est fier ; puis entre artisan et artiste, toutes ces années dans le même atelier à faire ce beau métier qu'il aime ; enfin, le plaisir de travailler avec ses fils et le bonheur de ce sentiment : être inscrit dans la continuité par la perpétuation d'un art traditionnel qu'il a lui-même reçu en héritage et leur a transmis à son tour...

"Maintenant, je suis vieux" a dit Miloud... j'ai entendu "maintenant, je suis heureux".


C'était le vendredi 2 janvier 2009. Gardé dans les notes d'un de ces cahiers d'écolier qui accompagnent mes voyages, dans des photos en sommeil et dans ma mémoire, souvenirs vivants... Miloud était en attente de son moment dans les dédales de ma disponibilité écartelée entre mille choses.

Inch Allah... Dans ce temps écoulé qui a ses raisons d'être, il s'est trouvé que la rencontre entre un designer marocain, Younes DURET, et l'art du damasquinage sur métaux de Meknes est venue bousculer la vie ronronnante de certains artisans damasquineurs de la Kissaria el Harir pour y produire un renouveau.

Dans la page suivante, je vous en dis plus sur l'art du damasquinage et sur ce projet innovant impulsé par Younes DURET et dont l'objectif est de dynamiser un art encore présent à Meknes mais menacé d'engourdissement.


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Posté par amilaba à 14:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]